Changements climatiques et monde du travail: le Directeur général du BIT expose le rôle de l’OIT et sa nouvelle «Initiative pour des emplois verts»

Alors que les dirigeants mondiaux se réunissent à New York cette semaine sous l’égide du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon pour donner un nouveau souffle à la mobilisation internationale contre les changements climatiques et les autres problèmes environnementaux, l’OIT présente un plan destiné à relever le défi climatique dans le monde du travail. Le Directeur général du BIT, Juan Somavia, explique le rôle de l’OIT dans ce processus et esquisse un nouveau plan pour une «Initiative d’emplois verts» qui fera la promotion d’un développement écologiquement durable et garantira que les questions relatives au lieu de travail figurent dans le débat. Reportage de BIT en ligne depuis la Réunion de haut niveau sur les changements climatiques, New York, 24 septembre 2007.

Type Article
Date de parution 24 septembre 2007
Unité responsable Communication et information au public
Sujet environnement
Autres langues Español • English

BIT en ligne: En quoi les changements climatiques affectent-ils les lieux de travail dans le monde?

Juan Somavia: Le monde du travail est sensible à l’évolution de l’environnement. Alors que les changements climatiques balaient la surface du globe, gouvernements, travailleurs et employeurs sont confrontés à leurs effets secondaires et recherchent des solutions pour les compenser. Une vérité qui dérange est que la production et le travail consomment de l’énergie et d’autres ressources et laissent derrière eux des déchets et des gaz à effet de serre à des niveaux dangereux pour notre planète et pour notre santé. En luttant contre la menace des changements climatiques, nous allons entamer une transition vers de nouveaux modèles de production, de consommation et d’emploi.

BIT en ligne: Quelle est la signification de ce nouvel effort pour mettre en avant cette question des changements climatiques?

Juan Somavia: Les décisions des sommets de Rio en 1992 et de Johannesburg en 2002 et les accords de Kyoto ont construit un cadre d’action. Cette réunion ici à New York s’efforcera de faciliter un échange de vues entre gouvernements sur ce défi mondial et de galvaniser la volonté politique en vue de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Bali en décembre. Comme l’a souligné le Secrétaire général en introduction à la réunion, les menaces induites par les changements climatiques sont un énorme défi pour notre capacité politique à organiser une riposte politique internationale intégrant les piliers économique, social et environnemental du développement durable. Plus encore, nos stratégies doivent être politiquement durables et s’étendre à travers les générations de responsables et d’électeurs.

BIT en ligne: Quel est le rôle de l’OIT dans tout cela?

Juan Somavia: S’adapter aux changements climatiques et les atténuer supposera de s’ajuster à de nouveaux modèles d’utilisation et de conservation des ressources naturelles. Les mandants de l’OIT, organisations d’employeurs et de travailleurs et gouvernements, acceptent ce défi et sont déterminés à jouer leur rôle en construisant notre capacité à anticiper les changements, à préparer puis à mettre en œuvre un procédé d’adaptation juste et efficace. C’est ce que nous faisons à travers «l’initiative pour les emplois verts».

BIT en ligne: Pouvez-vous nous en dire plus sur cette initiative?

Juan Somavia: Les politiques énergétiques et industrielles qui visent à réduire les émissions recèlent d’énormes possibilités de création d’emplois verts. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) estime que le marché des énergies renouvelables pourrait représenter 1900 milliards de dollars d’ici 2020. Les investissements dans l’efficacité énergétique, les technologies propres et les énergies renouvelables ont d’énormes potentiels pour créer du travail décent et productif.

Une nouvelle génération d’emplois verts va contribuer à une croissance économique durable et aider les gens à sortir de la pauvreté. Ces emplois sont au cœur du lien positif qui doit être établi entre changements climatiques et développement. Nous devons aussi nous préparer aux suppressions d’emplois et accompagner les travailleurs et les entreprises qui se tournent vers de nouvelles méthodes de travail qui réduisent considérablement les émissions polluantes. Nous devons aussi investir beaucoup plus dans les stratégies de développement qui émettent moins mais ne ralentissent pas les progrès en matière de réduction de la pauvreté. Sur toutes ces questions, nous devons agir de manière préventive et développer les politiques qui pourront garantir une transition douce pour toutes les parties concernées.

BIT en ligne: Quel est le lien entre l’Agenda pour le travail décent de l’OIT et les changements climatiques?

Juan Somavia: Permettre à nos sociétés de mieux assimiler l’impact des changements climatiques, c’est dans une large mesure garantir que les lieux de travail et les marchés de l’emploi ne sont pas désorganisés. L’expérience des crises écologiques et financières nous montre que si les personnes qui sont à la limite de la pauvreté perdent leurs moyens de subsistance cela peut leur prendre des années pour s’extirper à nouveau de la misère.

Les politiques qui anticipent le besoin de transition sur les marchés du travail et saisissent les opportunités de générer de nouvelles sources pérennes d’emplois et de revenus pourront obtenir de meilleurs résultats socioéconomiques et environnementaux. Elles offrent également le soutien social et le consensus requis pour entreprendre les changements nécessaires. L’initiative de l’OIT pour des emplois verts a pour but de donner une dimension de travail décent indispensable à la conduite de l’ONU pour une stratégie mondiale sur les changements climatiques.

BIT en ligne: Employeurs et travailleurs sont des acteurs cruciaux pour parvenir à un développement durable…

Juan Somavia: Le dialogue social tripartite entre organisations d’employeurs et de travailleurs et gouvernements est la clé du développement de l’initiative de l’OIT pour des emplois verts. Notre objectif est de soutenir les travailleurs et les entreprises dans la transition vers un processus de développement beaucoup plus durable sur le plan de l’environnement. Cette année, un premier pas important a été franchi avec l’adoption lors de la Conférence annuelle de l’OIT d’une politique d’envergure mondiale en faveur des entreprises durables.

BIT en ligne: Quelles sont les prochaines étapes?

Juan Somavia: Le potentiel de création d’emplois décents est considérable, mais l’expérience montre qu’il ne se concrétise pas automatiquement. Une croissance généralisée, fédératrice, qui bénéficie aux millions de travailleurs, petits paysans, opérateurs de petites entreprises et de l’économie informelle qui ont besoin d’emplois de meilleure qualité ne se décrète pas. Elle a besoin d’étapes volontaristes et de politiques en matière d’énergie, d’industrialisation et de changements climatiques conçues explicitement pour produire des emplois verts comme finalité et comme moyen de contribuer au développement.

L’OIT travaille avec ses propres mandants – organisations d’employeurs et de travailleurs et gouvernements – pour documenter et promouvoir les bonnes pratiques qui ont émergé dans les pays industrialisés comme dans les pays en développement. L’OIT est aussi partenaire d’autres agences des Nations unies et au-delà, et va soutenir activement l’initiative du Secrétaire général Ban Ki-Moon en faveur d’une mobilisation de tout le système contre le réchauffement climatique.

Toute stratégie politique concertée au plan international et écologiquement durable doit prendre appui sur l’emploi productif et rémunérateur et sur le travail décent. Ces derniers nous donnent à la fois des moyens conceptuels et opérationnels d’intégrer des politiques et des programmes ainsi que des outils pour s’affranchir des frontières et atteindre les lieux de travail partout dans le monde.

^ top