ASTANA, République du Kazakhstan (BIT en ligne) – Malgré la récente transformation économique du Kazakhstan qui a engendré une croissance spectaculaire de dix pour cent, le pays est toujours confronté à de formidables défis hérités de l’époque soviétique. L’un d’eux est l’obsolescence de la législation et du système de gestion de la SST.
Le problème s’est exacerbé dans les années 1990, quand les conditions de travail se sont considérablement détériorées et que le nombre de victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles se comptait en milliers par an. Il était évident qu’une amélioration et une modernisation radicales du système de SST du pays étaient devenues indispensables.
Le Kazakhstan a commencé par adopter une série de nouvelles lois, tout d’abord une loi sur la SST, qui s’est ensuite transformée en un code du travail avec un chapitre consacré à la SST, ainsi qu’une loi sur le partenariat social.
Le Kazakhstan a ratifié les principales conventions de l’OIT sur la SST, telles que la convention (no 181) sur l’inspection du travail et la convention (no 167) sur la santé et la sécurité au travail dans la construction et envisage de ratifier la nouvelle convention (no 187) sur le cadre promotionnel pour la SST adoptée en 2006. Pour mettre en application cette dernière, le pays élabore méthodiquement un système moderne de santé et de sécurité au travail au moyen d’un programme national de SST, en suivant les étapes logiques décrites dans la convention no 187.
L’étape initiale consistait à préparer un profil national de SST qui contenait toutes les données de base relatives à la SST: cadre légal actuel, mécanismes de mise en œuvre, informations et formation, infrastructures, ressources humaines et financières disponibles, initiatives de SST au niveau de l’entreprise, etc.
Le profil a été mis au point avec l’appui d’un projet financé par la République de Corée qui couvre quatre pays d’Asie centrale. Le projet a aidé ces pays, y compris le Kazakhstan, non seulement à préparer des profils nationaux de SST mais aussi à analyser plus en détail leurs conclusions de façon à préparer des programmes nationaux de SST.
Dans la seconde phase du projet coréen, ces pays vont être assistés dans la préparation de leurs programmes nationaux de SST. Au Kazakhstan, le ministre du Travail et de la Protection sociale a demandé aux régions de préparer des programmes régionaux de SST qui serviront de base pour le programme national remanié pour les années 2008 et suivantes et qui remplace le précédent programme.
«Le Kazakhstan est certainement un bon exemple de la mise en œuvre systématique et effective des exigences de SST au niveau national et au niveau de l’entreprise avec une totale implication des partenaires sociaux», déclare Wiking Husberg, spécialiste principal des questions de SST au bureau sous-régional de l’OIT pour l’Europe orientale et l’Asie centrale. «Certains problèmes doivent encore être traités, mais nous avons maintenant l’accord des syndicats pour établir des comités de sécurité au niveau de l’entreprise. La question de restrictions en matière d’inspection du travail, qui a été relevée par un récent audit, doit encore être résolue. Cependant, le plus important est qu’un processus permanent d’action, de révision et d’amélioration est en cours dans ce pays.»
Une évolution importante a été l’adoption par le Kazakhstan d’une nouvelle norme inter-Etats GOST, identique aux «Principes directeurs concernant les systèmes de gestion de la sécurité et de la santé au travail» (ILO-OSH 2001), basée sur l’évaluation du risque, la participation des travailleurs et la prévention, avec pour but de parvenir à une culture de la sécurité. L’introduction de systèmes méthodiques de gestion de la SST dans les entreprises a été massivement approuvée par les grandes entreprises lors d’un séminaire sur l’évaluation du risque en avril dernier. Un nouveau séminaire de formation des formateurs sera organisé en juillet 2008 pour l’institut national de SST et les grandes entreprises.
Imstalkon, l’une des plus grandes sociétés de construction immobilière du Kazakhstan, a déjà mis en place un nouveau système de gestion de la SST dans les dizaines d’entreprises qu’elle compte à travers le pays. La société emploie actuellement plus de 9 000 travailleurs. En plus de 50 ans d’existence, elle a construit des centaines de projets, y compris la tour Kok Tjube TV de 372 mètres de haut, l’aéroport international d’Almaty, l’Hôtel Kazakhstan de 26 étages et de nombreuses entreprises industrielles.
«Les chantiers de construction sont associés à de nombreux risques, c’est pourquoi nous faisons tout particulièrement attention à la sécurité du travail», déclare Mikhail Rezunov, ingénieur en chef d’Imstalkon. «Nous avons dû créer un système de gestion complètement nouveau, orienté vers l’évaluation du risque et la prévention, s’attaquant aux risques professionnels à la source. Mais le principal changement a dû intervenir dans les mentalités des gens – ils ont dû réaliser qu’il est beaucoup plus facile et moins onéreux de prévenir un accident que de gérer ses conséquences. Maintenant, avec le nouveau système qui a été mis en place, nous pouvons dire que nos efforts ont payé – pas seulement en termes financiers mais aussi en termes d’image de l’entreprise, ce qui est tout aussi important.»
Berdybek Saparbayev, ministre kazakhe du Travail et de la Protection sociale, est d’accord. «En utilisant la méthodologie de l’OIT, nous avons comparé le coût de la prévention et celui des conséquences d’un accident dans deux de nos industries les plus dangereuses du pays – les mines et la construction. Nous avons constaté que la prévention coûte 12 fois moins! Le système ILO-OSH 2001 s’est montré un outil très efficace et nous devons le mettre en place à travers tout le Kazakhstan. Bien sûr, beaucoup reste à faire, mais nous allons continuer à aller de l’avant.»
Le XVIIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail, à Séoul, en République de Corée, du 29 juin au 2 juillet 2008, est le plus grand événement mondial sur la santé et la sécurité au travail. Le Congrès a pour but de contribuer à améliorer la santé et la prévention des accidents et maladies sur le lieu de travail à travers l’échange d’informations et de bonnes pratiques; il réunira plus de 4 000 responsables politiques, cadres supérieurs, professionnels de santé et de sécurité, représentants syndicaux et patronaux et experts en sécurité sociale. Le Congrès triennal est organisé conjointement par l’Organisation internationale du Travail (OIT) et l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS). Le XVIIIe Congrès mondial est accueilli par l’Agence coréenne pour la santé et la sécurité au travail (KOSHA).